| Qu'ei aquò la toponimia
(toupounimïa)? Qu'est donc la
toponymie ??
C'est tout simplement la science qui étudie l'origine et
l'étymologie des noms de lieux..
Les toponymes sont légion en Béarn, tout comme en Gascogne et dans
les Pyrénées, depuis les noms des chemins, rues et autres voies de
communication, jusqu'aux noms des pics, en passant par une
foultitude d'endroits plus ou moins importants.
La plupart ont pour origine la langue locale dérivée
pour l'essentiel du latin .. une langue millénaire faut-il le
rappeler. Certains autres toponymes sont d'origine (ou en
partie) celte, francique (des francs), gothique (wisigoths), germanique etc .. Les mots
provenant de sources antérieures à la conquête celte (±
400-500 ans avant notre ère) sont dits pré-indo-européens (PIE),
tels que basque, ligure, ibère etc ...
Bien souvent ces noms se retrouvent également dans des patronymes ou noms de
famille, car des configurations géographiques, des particularités du
relief, ont contribué à donner leur nom à certaines de ces familles,
en fonction de l'endroit où elles avaient bâti l'ostau (oustaü) originel.
Il en est ainsi des Candau ou des Penent ...ainsi que Costalat,
Costalèra, Candalet, Candalot, Candelot, Tepèr, Tembelh, Perne.s,
Laperne, Coste.s, Lacoste...
Lis, Lys .. qui ont élu domicile sur des versants de
collines plus ou moins prononcés,...les Serre.s, Serrelongue, Lasserre(s), Lassède
qui ont préféré quant à eux s'établir sur une ligne de crête.
Les Soust, Assouste, Arcost prévoyants, ont bâti dans un endroit abrité. Les Baigt.s
(prononcer batch), Labaigts, Debaigts, Sicabaigt, ont opté par choix
ou par obligation, de se couler dans les vallées ou les vallons. On
peut parfois confondre baigt avec baish (le bas) car il n'y
avait pas autrefois d'écriture précise concernant ces noms. C'est
ainsi qu'on trouve des Camidebach qui peuvent prendre deux sens
différents. Les Puey, Poey, Dupoey, Dupuy, Pujol, Pujolet, Pujou,
Puyoo, Puyet, Tuc, Tuca,Tuque,Tuquet, Tucou, Tuhou, Ticou, Terruc, Turon,
Tap, Técouère, Latécoère ... ont construit leur ostau de base sur
une colline arrondie (du latin podium) . Ces noms sont souvent
suivis de suffixes.
Le paysage béarnais étant très vallonné, il ne faut pas s'étonner de
trouver des Lacome, Lacoume, Coumes, Combes etc ... qui
proviennent du mot coma (coumo) ; la combe. On peut se
demander où les Trauc, Hourat, Clòt, Cros, Crot ...(trous)
avaient fait bâtir leur maison. Les bas-fond
sont aussi indiqués par baish.a, embaish, hons,
honsada, hossèra (houssère), hòbi.
Nombreux sont les
toponymes (hydronymes) construits autour de la racine arriu
(ruisseau, rivière) à ne pas confondre avec arribèra.s qui sont des
plaines alluviales s'étendant de chaque côté des gaves. C'est
l'endroit où ont bâti les Arribère, Larribère, Darribère etc...
Arribe, Arripe = terre au bord
d’un cours d’eau.
Dans les patronymes formés autour d'arriu, riu, on trouve par exemple Darrieu, Larrieu, Arrieubergé... etc. .. Arribet, arribot, arriu, ribeton
sont des diminutifs indiquant la présence de ruisseaux. L'arrigas
est un ruisseau plus important.
Dans les toponymes relevant de
la même racine ; arrieutort (rivière sinueuse) , arrieusec
(rivière sèche)
... / grande étendue d'eau stagnante : aigalada , Ayguelade
(Bielle) .. Ayguelongue etc.
Dans ce cadre aqueux on trouve des prairies inondables bartas
donnant les noms de Gèrla, Barthes, Bartes, Glère.s ou Saligues,
Saliga.t, Saucède... (saulaies inondables) igas, aligas ... et tous les noms dérivant
de aiga (eau) comme Aiguelongue, Aigalonga (grande étendue d'eau
calme)
Bénéficiant d'une terre argileuse, les mares sont largement
répandues chez nous et indiquées par quantité de mots : clòt.a,
pesquèr, gòba, gaube, gauba, chòpa, chaparòt, parlac, dolh
(douy).. / grande mare, jadis carrière de marne : marlèra
, marlère (voir le sentier des marlères à Estialescq)
Pour ce qui est des étangs, plus importants que la mare :...estanh,
estanc, estaing, lagòt, gauba, lagaube, gòba, lagòt, lacòt
Les termes gau, agau, lagau correspondent à des cours d'eau non
naturel, canal, bief etc.
Les terrains défrichés
étaient souvent l'affaire de cadets obligés, de par la coutume, de
laisser la conduite de la pérennité de l'ostau familial à l'aîné..
De ce fait on tire Artigue(s), Lartigue, Dartigue, Darrigade,
Bouigue, Boudigue, Cournau, Echart, Essart, Eissart, Treita,
Treitin, Treyture, Navaillès, Nabays, Nabet, Pelat, Sarsiat ,
Novales et autres mots apparentés.. Les friches délaissées sont
représentées par les mots tornada , pausada, morta, bosiga,
bodiga, boudigues, bouygues.... A ne pas confondre avec èrm, erem,
herm qui sont des landes communes, ou bien le mot vacant (bacan) qui
indique une terre indivise. Bedat, biala, buala, bugala.r
concernent un terrain ou un bois , dont l'usage est
provisoirement interdit ...
Champs et prés sont désignés par cam.p, prat, prada.t, pradèra,
hia.r
Plus malchanceux,
furent ceux qui durent se contenter d'un endroit boueux, marécageux
pour s'installer... et les mots de manquent pas pour faire
état de ce genre de terrain , à tel point qu'on peut se poser des
questions sur l'état dans lequel se trouvait notre belle terre
béarnaise jadis..
Auga,
Dauga, Lauga, Angous sont à la fois patronymes et toponymes ... suit
la longue théorie des hanga, hanha, ango, langoust, argelès
,boulbène (boulbée) – bour (dubour) ,bouille, bouillon, brau,
fangeas, lichos, lassagne, barta, baure,
bès, bèz, garlin, grabot,
grouè, grabassa, graouè, boudigues, lahna, uhou, huat, marestin,
marfaing, moras, nau, nauda, nausa, nauva, nava, paul, pont,
sesques,
lamon, lamorèr, gravèr, grau, gravar .. et j'ai dû en oublier...
Marelha, gorga, gorguèr.a , gourgues indiquent la présence de trous
boueux.
Les marais..sont identifiés par les mots maresc, palud.a,
grau, brau.d, lagua.
Quantité de noms
de rues, de chemins, de quartiers, contiennent un toponyme. Il est
curieux de trouver par exemple un Impasse Honset, qui est en fait un
pléonasme, ainsi que rue Carrère, rue La Carrère ou rue de la Carrère (rue de la rue) , rue
Carrerot (rue de la petite rue) , rue de Caussade (rue de la grande
rue) .. l'avenue du Camin Salié à Pau (avenue du chemin ... par
lequel transite le sel).
En montagne on trouve le col du Pourtalet (col du petit col), le col
du Somport (col du col le plus haut)..le pic de Soumcouy (pic du pic
pelé) le vallon d'Aran (vallon de la vallée)...
Il faut dépasser l'orthographe, car celle-ci n'était pas
véritablement homogène par le passé. Certains mots de même origine
peuvent se trouver considérablement différents du point de vue de
l'écriture ou carrément transformés comme le Turon d'Aurei (hauteur
soumise aux vents dominants) devenu le Trône du roi ; le Pic Arapoup
supplante l'orthographe originelle qui était le som (soum) d'era
paur , soit le pic de la peur.. Les exemples sont innombrables.
Parfois on trouve des bizarreries comme le Pic de Sesques en vallée
d'Ossau, la sesque étant le glaïeul des marais...
Revenons sur les voies
de communication : chemins => camin (Cami, Camy), carriu, carraiu,
carriva, camièra (chemin étroit), viòth, .. camin romiu (voie de
pèlerinage) . ..
sentier : sendèr, senda , viòt (biot) , vièr (Biè, Bié),
vièra (Vierra) , carrei (Carrey) , carreja, corsièra,cambièra
, tram(e), (Tran), treme , lja
-diminutifs : senderòt , viadeta, viadòta.
-sentes : dralha, tralha, dralheta, dralhòta , trebès,
trabessas, traouès, tors, entortes, sagette (sentier montant
raide..comme à Fabrèges)
-sentier sinueux, tortueux : torciròla (mis aussi pour spirale),
andèra, andòrda (laissant la place à un homme), marriada
Quant aux passages divers, on trouve horadada,corratèr.a,
espassadet.a ; escorron (venelle), passada, passadèra ,
passatèra.(dans une forêt) talhada et les chemins bordés
d'arbres, comme (a)lea, leia..
Pour les bêtes, on emploie les .. pas, pass, passat, passadas,
passades, piat ..
Ces différentes voies peuvent être encadrées de fossés : varat
(Barat, Barrat) et ses diminutifs varadet , varadòt.. hossat.
A signaler que Barat peut avoir le sens de fermé. (ainsi put-on
lire sur le mur d'un garage : le garage Barrat est ouvert)
Les fossés d'écoulement sont révélés par les mots crasta,
crauste (Craustes), escorra, escourre (Lescar), aiguèra,
hédas (Pau), adour, adoue (rue d'Oloron)..
..ou parvenir à des sources , ce que nous révèlent les mots
uelh, hont, dotz , sorda, arbot..(eau qui sort de terre)
borbalh, (bourbay), borbèra, borbon indiquent la
présence de sources bouillonnantes.
Les sources jaillissant de terre sont désignées par les mots:
sordiu, chorra, chorrèra, chorrup
hont (houn) , honda (hounda) , houndeta .. désignent des
fontaines
Il est intéressant de
noter des toponymes relevant de configurations spécifiques des prés
et champs.. Un sentier au bout d'une vigne ou d'un champ,
ménagé pour que le bouvier puisse retourner sa charrue est dit
versana
(bersana), cantèra, cantèira .
un champ anguleux est rendu par un camp cornalut , anglade.. . côté,
extrémité, zone limitrophe, sont nommés cant, cantèr, estrem....
bande de terrain : listra ; correja. courrège.s, courrèyes -- ~ en forme
de ceinture cinta, sinto, singles, ligades
bande en bordure d'un champ : cantèra, tornèr.a, termièra,
tornadura,, huron.tada, cabeçar .
les arpunts sont les mauvais endroits des champs, anguleux ou en
dévers, difficiles à labourer et qu'on garde pour la fin du labour
..ainsi l'expression "qu'ei aus arpunts "désigne quelqu'un sur le
point de mourir.
Les termes exprimant une limite ne manquent pas :
tèrmi (Bugangue), marca (Marque à Monein), cap, estrem ... ahitau, lahitau
(mis aussi pour indiquer des hameaux, de même que bourdalat ou
Lahore),
Les bornes repères de ces limites sont dites hita , hite,
lahite, lahittète, pèira hita (peyrefitte) , pèira terminau, calhau senhader, conhi
(cougni), dec (en montagne ce mot désigne aussi un endroit
dangereux).
Certains toponymes sont
spécifiques de la région montagneuse de notre país... on les appelle
des oronymes
pour les cols, on trouve les patronymes toponymiques tels que :
Coth, Coig, Couret, Coy, Coyt, Cotch, Couret, Courade
-les sentiers présentent souvent un caractère dangereux, ce qui est
traduit par ...
sentier bordant un précipice : cenglar, cinglar, cingle, garda
sentier périlleux : maupàs, viracòrn, podapè
..
et les termes ô combien explicites de .. pas (pass) de l'anciè,
ansiè (passage suscitant l'anxiété), passatge d'escanacraba,
d'escòrnacraba, escalabarri, escanader, escanatòri, tuader,
estripader
un passage glissant est traduit par eslissader.a ,
eslurrader.a (eslur.ras étant des avalanches, révélées aussi par
aglout, enlur, lit, alit, lurs, arroulh)
quinda désigne un passage ou endroit supérieur arrondi à flanc
de montagne (peu fréquentable)
les arric, arrec, arralhet sont des noms donnés à la fois aux ravins
et aux torrents
-tout ce qui est pierre est construit à partir de peyre (Peyrelongue,
Peyrecor...) ou de petra..
arraille,
araillous, raillère, araillère, arralhère, laraillère,
larrailhet sont des endroits rocailleux, souvent des éboulis
que de mots pour
signaler des grottes ou des abris sous roches : espelungue,
espalungue, espugue, espoulinguère, titou, ludeto, ludo,
cacou, crec, crampa / tuto, tuta, tutia, sont plutôt des
tanières d'animaux
toue, toua, quèbe, quèbo sont de très vieux abris pastoraux, très
rustiques
-les cabanes sont nommées cujala, cayolar, coueyla, quiula,
quiela... et l'ensemble de cabanes : courtau, courtaou, cuyéou,
cuyeba ...
pedanh, pedagn sont des endroits plutôt plat, dans une pente, où les
bêtes peuvent se reposer ... ils expriment un piétinement
les petites dépressions de terrain, cuvettes .. sont rendues par
curo, curès, clot, closis, bouco, boucay..
pour ce qui est des pentes : pan, pala sont des pentes raides, unies
; arabén, hèche, aspe, aspè, sont des pentes abruptes, difficiles d'accès ; lacarra (Lacarre, Lacarry)
est une pente rocheuse, lis, une pente verdoyante et lisse, parfois
avalancheuse
-les couloirs d'avalanche sont aussi indiqués par les noms lit.s,
lita, lurt, lurs, leurt, glout, aglout , asque...
Conseil : préférez les crêtes nommées sède, sèda, ganca, ganga
(lagangue), gradou, glourieta .. que celles nommées quinta,
quinto, grusos (crêtes très rocheuses) ..
Les toponymes ne sont
pas exclusivement dûs au relief, on peut trouver des toponymes
renvoyant aux plantes, notamment les arbres : noguèr, nouguèr
(noyer) nougarède (plantation de noyers); castanhèr, castagné,
castagnè (châtaignier), castagnède, castaignède, castagnère,
castanhèra, castanhar, castanheda (châtaigneraie), casso, cassou,
casse (chêne) cassanha, cassanhèra, cassiar, cassia, cassanhau,
cassorrar, cassouret , garriga, euseda, drolheda, roveda,
roreda, tausiar (chênaie) ; hac, hai, hau, havora,
habvoret (hêtre) hageda ; haget, Faget, Bager, hagedar, hagia, hacar,
hajòla, hajolar, havorar (hêtraie) ; etc ... hrèisho, hraisho,
hrèishe, frèishe, frèisho, herèishe, herèisho, (Réchou, Rachou)
(frêne) hreisheda, freisheda (Fréchède) (frênaie)...
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H.D ©
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