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Où  va  le  monde ?


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Foule sentimentale, nous ne voulons pas ouvrir les yeux sur ce qu'il se passe au-dessus de nos têtes, et tout est fait pour que nous ne la levions pas, ou pas de trop. Pourtant il s'en passe de belles (enfin belles .. façon de parler).. c'est plutôt pas joli, joli, voire franchement dégueu!
Il est une donnée désormais admise, que les phénomènes mondiaux quels qu'ils soient, sont liés, tant du point de vue du climat, que de l'écologie, mais aussi de la finance et de l'économie. En fait, tout est lié.. Pour résumer cette évidence, le poète avait dit (en substance) avec l'exagération qui sied à tous les versificateurs: "un battement d'aile de papillon dans une région du monde , fait lever le vent dans une autre région".  Et pourtant il y a quelque chose de vrai là-dedans.
Nous commençons à comprendre et à admettre que le climat est en partie lié à l'activité humaine, et que le réchauffement de la planète lui est intimement associé. Nous commençons à admettre qu'un choix économique quelque part peut entraîner des problèmes en cascade ailleurs: on le voit bien en Amazonie, mais aussi localement. Une décision d'apparence banale et innocente, peut entraîner une chaîne de catastrophes en série. La création d'une route entraîne l'ouverture de carrières, qui entraîne la défiguration d'un paysage et la déforestation, ... qui entraîne la modification du biotope, ... qui entraîne l'accroissement de la pollution par les résidus des hydrocarbures... qui ....


                          Parfois, nous aimerions avoir tort! Hurler au loup sans que jamais il ne surgisse. Crier au feu sans qu'il y ait le moindre brasier. Prévoir le pire pour que jamais il ne survienne. Mais cette fois-ci, hélas, nous y sommes. Pour de bon.
La bombe économique mondiale qu'on redoutait tant depuis si longtemps a fini par exploser. Une bombe à fragmentation qui, à des degrés divers, frappe tout le monde, sans distinction, pays pauvres et des pays développés. Là, des peuples déshérités; Ici, des classes moyennes au pouvoir d'achat déclinant. Une nouvelle arme de destruction massive est à l'oeuvre, sous nos yeux. Violente, brutale, cruelle.
Cet engin de mort du 3° type, ce n'est pas l'hypothétique bombe nucléaire iranienne ou nord coréenne. C'est celle qui, depuis des années, grandit au coeur même d'un capitalisme financier devenir déraisonnable:
                    La spéculation
Une spéculation hors de tout contrôle, dont le seul but est le profit, toujours plus de profit. Une spéculation internationale que les fonds de placement organisent en toute légalité sur les « produits dérivés », c'est-à-dire non pas sur des actions de sociétés cotées en Bourse, mais sur des pans entiers du marché mondial. Le pétrole comme le riz, le gaz comme le maïs, le nickel, le zinc, le cuivre ou l'acier, comme le lait.
Oui, vous avez bien lu: de Londres à Chicago, de Shanghai à Taipei, des traders, des banquiers, (tous bien cravatés) des fonds d'investissement spéculatif agissent comme de vulgaires bookmakers et parient des montagnes d'argent sur le riz, le blé, le maïs, le colza et le lait, autrement dit sur des produits de première nécessité, des denrées qui permettent à certains de manger à leur faim, à d'autres de survivre. Soyons précis: pendant que des financiers s'engraissent sans états s'âme dans les salles de marché, des hommes et des femmes, en Asie, en Afrique, mais aussi en Europe ou aux USA, crèvent littéralement la gueule ouverte!
Du Caire à Lomé, de la Thaïlande à Haïti, mais aussi du Guilvinec aux ports de la Méditerranée en passant par La Nouvelle-Orléans, les spéculateurs, gestionnaires de fonds, traders, banquiers, imposent leur loi. En réalité cette dictature produit des ravages irréversibles. Déjà les victimes se comptent par centaines de milliers. Elles ont le visage de ces enfants d'Afrique noire qui meurent de faim ou de ces américains de la classe moyenne qui, étranglés par leurs crédits hypothécaires ont dû vendre leur maison dans la précipitation. Elles ont les traits émaciés de ces émeutiers de la faim en Asie ou de ces marins pêcheurs burinés.. Et sans doute le pire est-il encore à venir.
Observons les USA, cette économie présentée comme un « modèle » -vaste plaisanterie- . Heureusement que la France ne les a pas suivies sur la voie de la libéralisation totale du marché de l'immobilier! Crise des subprimes oblige (assurance sur l'assurance sur l'assurance etc ...) , des millions d'américains ont du céder leurs logements à des banques et des dizaines de milliers d'entre eux sont aujourd'hui SDF.
Les chefs d'État et les patrons du FMI (fonds monétaire international), de la Banque mondiale et de la Banque centrale européenne avaient fait de la lutte contre l'inflation leur priorité obsessionnelle. Le bilan est éclatant! Entre juillet 2007 et mai 2008, le prix du baril de brut a augmenté de 80%.
Encore cette hausse-là repose-t-elle, en partie du moins, sur une contrainte physique: la ressource pétrolière du monde est bel et bien programmée pour disparaître à moyen terme. Mais que dire de la flambée des prix des autres matières premières? Que dire de l'envolée des prix des aliments de base? En cinq ans, le prix du cuivre qui pèse sur les transports et les équipements électriques, a progressé de 450%! Le prix du sac de riz a triplé en un an. Sur la même période, le cours du maïs s'est bonifié de près de 200%. Le blé a renchéri de 50%. Même le lait, dont on nous assurait qu'il était en surproduction, a vu ses tarifs grimper de 30% en moins d'une année.
                  Où est la logique économique?
Ne cherchez pas, il n'y en a plus aucune. Ou plutôt si, une seule: la volonté de quelques-uns (honte à eux! ) de chercher gagner toujours plus, par n'importe quel moyen, y compris les plus odieux ! Quitte à créer la famine dans les pays les plus pauvres -et, demain, à déclencher non plus des émeutes, mais des guerres civiles. Quitte à fragiliser durablement les économies des pays dits développés...
Début juin, 40 chefs d'état étaient réunis à Rome, sous l'égide de la FAO (food and agriculture organization), l'agence de l'ONU chargée de l'alimentation. On y a échangé des statistiques, des prévisions pessimistes, quelques bonnes résolutions. Mais pour l'action, zéro pointé!
Tout se passe en effet comme si les dirigeants de la planète et leurs bataillons d'experts faisaient semblant de ne pas voir. Or, chacun d'eux sait que ces hausses de prix vertigineuses n'ont plus aucun rapport avec la réalité des produits concernés. Les hausses du pétrole, de l'acier, du cuivre, du maïs, du riz, du lait ou de l'immobilier résultent toutes d'un même processus: l'esprit de spéculation. Et qui dit spéculation dit forcément spéculateurs. Spéculateurs en l'occurrence.
Un exemple: le baril de pétrole brut dépasse désormais 135 dollars, mais peut grimper très vite en fonction d'une simple rumeur: « le marché pétrolier est devenu fou » écrit le secrétaire général de l'OPEP. La flambée du pétrole n'est pas une nouveauté, sauf qu'en l'occurrence, la hausse continue du prix du baril n'est pas à présent, le fait des producteurs de pétrole, ni de l'augmentation de la demande des pays émergents (contrairement à ce que martèlent chaque jour les grands médias) . Car la demande annuelle ne croît que de 1,5% par an....ce qui est en dessous de la croissance mondiale
                Les subprimes
Là encore, l'inflation pétrolière prend sa source dans la crise des subprimes. Donc dans une spéculation incontrôlée.
"Bien que profane en matière financière et économique, je me rappelle que la banque américaine centrale a versé 100 milliards de dollars lors de la crise des subprimes pour venir au secours du marché, c'est à dire des banques. Dans le même temps, la banque centrale européenne injectait 200 milliards d'euros... pour soutenir finalement un système imposé par les USA..."-ndw-
En réalité donc, à l'instant précis où l'immobilier est devenu un placement trop risqué, des milliards de milliards de dollars, ceux de la spéculation financière traditionnelle, se sont reportées sur des produits indispensables à la vie quotidienne de l'humanité. Pour se protéger de la chute du dollar, des gérants de fonds de placement, avec cynisme et sans vergogne, ont investi massivement sur les marchés à terme du pétrole, du fer, du cuivre, ...... mais aussi du blé, du maïs et du riz. Et qu'importe si les marchés à terme du blé ou du maïs avaient été conçus, à l'origine, pour garantir un prix minimal aux agriculteurs, et non pour permettre à des financiers de dégager des profits faciles et rapides!
Ainsi, en quelques semaines, ces différents contrats à terme ont enrichi à milliards des institutions financières et des fonds de pension fragilisés par la crise des subprimes. pendant que les retraites de certains salariés américains ou britanniques retrouvaient des couleurs,les dégâts causés partout dans le monde étaient incalculables. Une vraie bombe à fragmentation dont on n'a pas fini de voir les effets dévastateurs.
D'où le scénario noir,décrit par Patrick Artus et Marie-Paule Viard:
"croissance faible, recul du pouvoir d'achat, emprunteurs en difficulté, le tout dans un contexte inflationniste du à l'envolée des matières premières. Toutes sortes de tension risquent alors de se multiplier ; à l'intérieur de chaque pays, avec la montée des inégalités, comme entre les pays, avec le retour du protectionnisme économique, avec aussi l'appauvrissement des pays émergents non exportateurs".
                 Les biocarburants; autre arme de destruction massive ?
Le scandale des biocarburants -qui, en réalité, n'ont rien de bio- illustre à merveille les errements de cette nouvelle bulle spéculative. Si les prix du blé, du maïs, du soja ou du colza sont en pleine frénésie, ce n'est pas, comme certains veulent nous le faire croire, parce que les nouvelles classes moyennes aisées chinoises veulent désormais manger de la viande et des laitages, mais bien parce que les Multinationales pétrolières veulent produire du carburant sur des sols destinés jusqu'alors à nourrir les bêtes et les hommes. Aux USA, le tiers du maïs sera bientôt utilisé pour faire tourner à plein régime les 140 raffineries du pays qui produisent de l'éthanol. Déjà, les pays riches dépensent 14 milliards d'euros par an pour subventionner ces carburants "verts"... Le résultat de ces manoeuvres est délirant: la production des agrocarburants conduit à l'alignement des cours des céréales sur celui du.... pétrole brut; et à l'enrichissement accéléré des spéculateurs. Un phénomène aux conséquences incalculables que le suisse Jean Ziegler, ancien rapporteur spécial sur le droit à l'alimentation à l'ONU, n'hésite pas à qualifier de "crime contre l'humanité"
Est-ce un hasard si les hommes politiques favorables aux agrocarburants, sont liés avec l'industrie pétrolière?
Est-ce un hasard si, au niveau européen, ces agrocarburants servent d'alibi au projet néolibéral de démantèlement de la politique agricole commune? (sous-entendu: si on laisse les mains libres aux paysans en matière d'agrocarburants, ils s'enrichiront et n'auront plus besoin de subventions ..)
                Pourtant on laisse faire ...
Au cours des 20 dernières années, cette logique spéculative, en Europe notamment, a été encouragée par des dizaines de mesures dites "de libéralisation"  -(mot volé au peuple et employé à toutes les sauces les moins ragoûtantes ). Notre président a ainsi introduit en France la mode anglo-saxonne des crédits hypothécaires qui permettent à des emprunteurs de s'endetter davantage au fur et à mesure que la bulle immobilière bonifie la valeur de leur maison? (En d'autres termes, ça s'appelle foncer dans un mur !)
Pire, toujours pire: non seulement les gouvernements laissent faire, mais ils sont eux-mêmes devenus les marionnettes impuissantes des marchés spéculatifs, et ne proposent que des mesurettes inefficaces.
                 Résultat :
L'addition de ces difficultés constitue un drame quotidien pour des millions de familles des classes populaires mais aussi moyennes. Mais ce n'est rien en regard du cauchemar que vivent -du fait de ces spéculations démentes-  les populations des pays en développement. Pour permettre à sa population de manger (oui, de manger...), Mexico vient de déloquer 270 millions d'euros de subventions, parce que la tortilla (galette de maïs nationale) a bondi de 50% en un an. L'Égypte a dû mobiliser l'armée pour faire cuire le pain quotidien des Égyptiens les plus déshérités. En Indonésie, la subvention sur le carburant représente déjà 22% du budget national.. Entre 2007 et 2008, le coût des importations alimentaires du Sri Lanka a augmenté de 50%, à Haïti, de 85%
Combien de temps avant la faillite? Combien de temps avant la guerre civile?
                Ce que personne n'ose dire ...
En réalité, ce que personne n'ose dire, c'est que ces spéculateurs s'engraissent en vidant les caisses d'États qui n'avaient vraiment pas besoin de ça! Pourtant, stopper la spéculation, ou en tout cas en limiter les pires dérives, n'est pas impossible. Par exemple, retirer aux marchés irresponsables, leur^rôle de financier de l'économie pour le confier aux banques. C'est l'évidence: il est plus facile de surveiller les banques que les milliards d'euros ou de dollars d'ordres anonymes passés chaque jour sur les placements, côtés ou non. Mieux, certains prônent désormais une règlementation ferme des hedge funds, ces sociétés purement spéculatives, et une véritable régulation placée sous l'égide du FMI ou du G7. Une autre solution, classique mais rarement appliquée, serait de contraindre les spéculateurs à des "appels de marge" , c'est-à-dire à déposer immédiatement une somme représentant une fraction de ce qu'ils achètent à terme Même l'idée de taxer les spéculateurs sur les matières premières n'est plus un gros mot.
Inversement, il est temps d'ériger une charte du "droit des peuples à se nourrir eux-mêmes"; cette fameuse "souveraineté alimentaire" revendiquée par Via Campesina, la fédération mondiale des syndicats de paysans. Il suffit, pour s'en convaincre, de mesurer les ravages produits par les politiques néolibérales, en particulier celles de la banque mondiale, qui, en 20ans, a fait en sorte que la part réservée aux paysans dans l'aide publique internationale passe de 17% à 3%!
Bien sûr, on peut se contenter, en se lamentant, d'attendre que la bulle spéculative finisse par crever. Bien sûr, on peut se contenter d'espérer que les marchés financiers s'écroulent. mais, de bulle en bulle, l'enjeu devient chaque jour plus évident: soit les spéculateurs continuent à faire danser les peuples de la terre dans une ronde infernale, soit les gouvernements mettent fin à leur jeu tragique en les désarmant.
Ils en ont les moyens  En auront-ils la volonté?

Article relevé dans Marianne en juin 2008

 

 
 

  H.D