Dans
le courant du mois de février 2008, les lecteurs de La République ont appris
avec stupeur la démolition de hangars, situés dans
l’enceinte de l’ETAP au Pont-Long (banlieue nord de
Pau). Ces hangars avaient servi à la
formation des pilotes de chasse de la première guerre
mondiale. Ce lieu fut tout simplement le véritable point de
départ de l’épopée de l’aviation en France. Les frères
Wright, à la pointe de l’aviation mondiale, étaient venus y
effectuer des essais en 1909 devant un parterre de
nombreuses personnalités dont Louis Barthou, le roi
d’Espagne Alphonse XIII et le roi d’Angleterre, Édouard VI.
Par la suite, les plus grands aviateurs français étaient
venus s’installer au Pont-Long, dont Blériot, le vainqueur
de la Manche.
Le sentiment manifesté par les personnes qui ont fait
connaître leur opinion, est l’écœurement : c’est aussi le
mien. En tout premier lieu, c’est fouler au pied le souvenir
des pilotes formés à cet endroit et morts pour leur pays ..
Ensuite, ce sont des éléments qui sont partie prenante, non
seulement de l’histoire du Béarn, mais aussi de l’histoire
de France. Outre leur signification historique, il faut
savoir que les bâtiments en question présentaient un intérêt
culturel et architectural : ils avaient été conçus par
Eiffel (excusez du peu) et étaient les derniers exemplaires
de ce type encore debout.
A la lecture de ce qu’on peut appeler une catastrophe, j’ai
fait instantanément le rapprochement avec la mort de
Cannelle, dernière ourse béarnaise de souche. Dans les deux
cas, il s’agit d’une issue irréversible, dans les deux cas,
l’irréversibilité était largement évitable, dans les deux
cas, de nombreuses personnes ont alerté les pouvoirs publics
sur les risques d’une issue fatale, sans trouver d’oreilles
suffisamment sensibles et compréhensives. Deux élues sont
scandalisées après coup .. Je ne doute pas de la sincérité
de leur émotion, mais que n’eussent-elles fait tout leur
possible avant que n’ait lieu l’inéluctable, et à défaut,
alerté l’opinion publique sur les risques encourus?
Encore ont-elles eu le mérite de se prononcer...
Comment a-t-on laissé se détériorer peu à peu ces hangars
uniques Il est quand même invraisemblable qu’un tel fait ait
pu se produire, si on pense à tous les élus béarnais
présents ou passés, qui ont de près ou de loin été en
contact avec le dossier et/ou qui avaient la possibilité
d’intervenir avec efficience pour éviter le pire. Ils
méritent une huée générale. Dans les deux cas, il ne s’agit pas uniquement de
symboles, mais de pans entiers du patrimoine béarnais qui
disparaissant à tout jamais ... la forêt qui tombe avec
l’arbre. Un potentiel vidé. Indépendamment de l’aspect
affectif, déjà honorable en soi, ce sont deux pôles
potentiellement attractifs pour le tourisme béarnais qui
disparaissent à tout jamais. Dans cet esprit, on peut
adjoindre à ces deux dramatiques évènements, les travaux
effectués dans l’immense salle souterraine de La Verna à la
Pierre Saint-Martin. Cette salle est la plus grande cavité
de ce type en Europe, cinquième au monde, et pourrait
contenir plus de six fois N.D de Paris. Elle est interdite au
public, mais elle fait désormais partie intégrante d’un
ensemble hydroélectrique. ?!?!
Revenons à nos hangars : Quid des institutions et des
sous-institutions censées
éviter ce genre d’issue ? et elles sont pléthoriques ..... Elles méritent assurément le carton rouge en bloc.
Du seul
point de vue architectural, on peut faire un petit
rapprochement avec la serre qui se trouve au zoo d’Asson.
Cette serre provient de l’Exposition Universelle de Paris de
1900 et a été classée en 2001 dans l’Inventaire général des
Monuments Historiques .. donc sauvegardée. Que n’eut t-on
procédé de la même manière avec les hangars ? En outre, il
est tout de même paradoxal, qu’à l’heure où on reconstruit
un bâtiment similaire à l’original dans l’ancien camp de Gurs –ce qui est une bonne chose- , on laisse détruire de
vrais bâtiments d’origine ailleurs. Ce qui indique que le
concret est indispensable pour se faire une idée plus
précise sur les évènements réels. Ayant visité le camp
d’Auschwitz, j’ai pu vérifier cela..
Se pose la question du patrimoine .. Au vu des évènements,
on peut se demander si les « décideurs » ,les
"personnes de pouvoir", ont seulement
conscience de ce que recouvre ce concept, de ce qui en
relève. Parallèlement, en Béarn, on s’apprête à casser, à
creuser, à trancher; on envisage la construction de routes en tous sens
- en dépit des conclusions formelles du Grenelle de
l’Environnement- , on envisage le passage d’une ligne à très
haute tension à destination de l’Espagne, l’enfouissement de
CO2. On a déjà une usine de type Seveso "haut", dans l’étroite
vallée d’Aspe, elle aussi potentiellement porteuse de dégâts
irréversibles. Bonjour le patrimoine !!! Les routes en
question vont défigurer, trancher le Béarn du nord au sud,
passant à travers un ravissant secteur collinaire, défiguré
irréversiblement. Il suffit d’aller se promener sur les
tracés prévus pour la construction des routes pour prendre
instantanément conscience de l’importance des dégâts
corollaires occasionnés. L’emprise de ces routes
équivaudrait au minimum à la superficie d’une dizaine de
communes béarnaises de taille moyenne !!!
Il faut savoir que ces projets vont de pair avec la création
ou l’extension de carrières, elles aussi défigurant, ô
combien, le paysage.. Il suffit d’aller se promener autour
d’Asasp, pour en prendre immédiatement conscience de visu.
En fin de compte, tout se passe comme si tout ce qui ne
relevait pas du commercial n’avait aucune valeur.
H.D